Ismaéliens, Nizârites et Assassins : qui sont-ils ?

Les Assassins sont aujourd’hui très connus, en partie grâce au jeu vidéo Assassin’s creed. Dans mes romans, ils occupent une place de choix, entre les Templiers et les pouvoirs officiels chrétiens et musulmans. Ils sont souvent dénommés par plusieurs substantifs : outre le nom d’Assassin, dérivant probablement du mot « haschich », ils sont aussi appelés Nizârites (ou Nizâriens) ou Ismaéliens. Mais ce mélange des termes cache des réalités sensiblement différentes :

  • L’ismaélisme : c’est une doctrine chiite qui possède plusieurs mouvements : mubârakisme, khattâbisme, qarmatisme, druzes, mustalisme, nizârisme, sabaisme. Elle est née en 765 à la suite de la mort du sixième imam chiite Jafar as-Sâdiq. L’imamat se transmettant de père en fils (sauf rares exceptions),  il est prévu que le fils aîné de as-Sâdiq devienne l’imam suivant. Trois mouvements se distinguent alors :
    • Le chiisme duodécimain : basé sur la croyance qu’il n’existera que 12 imams. Le 12ème imam, Muhammad, est nommé en 868 et serait en occultation, c’est-à-dire soustrait au monde. Ses adeptes prétendent que le fils aîné de as-Sadîq, Ismail, est déjà mort et que l’imamat revient au frère puiné Mûsâ al-Kâzim.
    • L’ismaélisme : ses adeptes prétendent qu’Ismail n’est pas mort et qu’il vit caché. Il est cependant bel et bien l’imam suivant.
    • Le mubârakisme : ses adeptes disent qu’Ismail est bien mort mais que le pouvoir se transmet de père en fils. Par conséquent, Mûsâ al-Kâzim ne peut hériter de l’imamat. C’est donc Muhammad ibn Ismail, le fils d’Ismail, qui devient le nouvel imam.
  • Le nizârisme : ses adeptes sont des Ismaéliens. On les appelle aussi des bâtinîs en référence au batîn, une lecture particulière du Coran qui découvre « le secret des choses ». Le nizârisme apparaît en 1094, à la mort du 8ème calife fatimide et 18ème imam ismaélien : al-Mustansir Billah. En 1078, cet imam désigne son fils Nizâr comme successeur mais le vizir Badr al-Jamali préfèrerait que ce soit Ahmad al-Mustali, le jeune frère de Nizâr, qui hérite de l’imamat. En 1090, Hassan ibn Sabbah quitte la cour du Caire et s’empare d’Alamut, marquant ainsi un désaccord profond mais pas encore définitif. En 1094, Badr al-Jamali meurt et laisse sa place de vizir à son fils al-Afdhal. À la mort du calife, peu après, Al-Afdhal impose la candidature d’Ahmad qui n’a que 20 ans mais qui est marié à sa fille. Al-Afdhal justifie ce choix par le témoignage de la soeur d’al-Mustansir, lequel prétend qu’il aurait changé d’avis avant de mourir (mais on ne sait pas quand). Nizâr s’enfuie et trouve refuge à Alexandrie. Il prend le nom de Mustapha li-Din Allah et installe une mission de propagande ismaélienne. Hassan ibn Sabbah fait de même en Perse et assure Nizâr de son soutien. Avec l’aide du gouverneur d’Alexandrie, Nizâr parvient à repousser un premier assaut d’al-Afdhal jusqu’au Caire. Mais en 1097, celui-ci mène une seconde offensive et met le siège d’Alexandrie. Il parvient à ses fins et fait exécuter le gouverneur. Nizâr est fait prisonnier puis emmuré par son frère calife et imam. Le fils de Nizâr, Alî ben Nizâr al-Hâdî, serait lui aussi exécuté mais d’autres sources affirment que Nizâr l’aurait nommé comme son successeur avant de mourir. Seul le petit-fils, al-Muhtadi (?) parvient à s’échapper. Il est emmené à Alamut et élevé par Hassan ibn Sabbah en secret.

Voici une brève histoire des nizârites à travers leurs grands maîtres :

  • Première partie : les représentants de l’imam durant la vie de Nizâr et ses descendants : Nizâr (1094-1095), Alî ben Nizâr al-Hâdî (1095-1096 ?), al-Muhtadi (1096-1138), Al-Qâhir ben el-Môhtadî bi-Ahkâmî’l-Lâh (1138-1162).
    • Hassan ibn Sabbah (1094-1124, ci-contre) s’empare des forteresses de Qadmus (La Cademois) en 1132 et de Masyaf (leur principale place forte en Syrie) en 1140-1141. Des délégués sont envoyés depuis Alamut pour diriger les nizârites syriens.
    • Kiya Buzurg-Ummîd (1124-1138).
    • Muhammad ben Kiya Buzurg-Ummîd (1138-1162) consolide le petit territoire nizârite en Syrie.
    • Rachid ad-Din Sinan (1162-1192) dirige la prédication (dawa) ismaélienne. Il est l’un des dirigeants nizârites les plus redoutés, forçant même Saladin à lever le siège de Masyaf par intimidation.
  • Deuxième partie : les descendants légitimes de Nizâr assument pleinement l’administration de l’état nizârite.
    • Hasan II ‘Alâ Dhikrihi al-Salâm (1162-1166) va bouleverser les conceptions religieuses nizârites. Le 8 août 1164, il proclame la « Résurrection des Résurrections » (Qiyâmât al-Qiyâmât) devant une assemblée de croyants réunis à Alamut. Elle doit initier les croyants au bâtin, le sens caché, de la révélation afin de dévoiler la vérité. Cela a pour conséquence de lever la Charia, non pas en l’abolissant mais en la considérant comme une étape préliminaire avant de la parachever avec la signification intérieure. Le cycle prophétique de Mahomet désormais achevé, les imams avaient pour mission de dévoiler le sens caché, en expliquant la dimension intérieure du Coran, en allant au sens premier, c’est-à-dire à la source de la révélation. Hasan II est tué par blessure.
    • Muhammad II Imâm Nûr’ûd-Dîn (1166-1210).
    • Hasan III Imâm Jalâl ad-Dîn (1210-1221) proclame que les nizârites entrent à nouveau dans la clandestinité. Il rétablit la Charia afin d’améliorer les relations avec les sunnites.
    • Muhammad III Imâm ‘Alâ ad-Dîn (1221-1255) accorde moins d’importance à la Charia mais il reprend l’ancienne pratique de dissimulation de la foi (taqiyya), confirmant la clandestinité de la communauté.

L’état ismaélien prend fin au XIIIe siècle avec l’invasion d’Alamut (1255-1256) par les Mongols. Le nizârisme se poursuit pourtant en Perse sous la forme du soufisme. On assiste alors à un déplacement de quelques adeptes vers l’Inde. La communauté se dissout donc en groupes isolés dont on ignore l’histoire. La menace de persécutions par les sunnites l’oblige à s’effacer.

Au XVe siècle, la ville d’Anjudan (Iran) devient le nouveau siège des Nizârites. De là sont envoyés des missionnaires en Inde et en Asie centrale.

Au XIXe siècle, Hasan Ali Shâh, l’imam héritier, reçoit le titre d’Aga Khan par le Shâh d’Iran. Mais obligé de quitter le pays pour des raisons politiques, il doit s’installer en Inde. L’administration britannique l’impose aux Khôjas comme leur nouvel imam, ce qui n’est que très peu admis par la population.

Aujourd’hui, c’est le prince Shâh Karim al-Husayni Aga Khan IV qui dirige les Nizârites. Il a créé le Prix Aga Khan d’architecture en 1977 et l’Aga Khan Development Network (pour l’amélioration des conditions de vie et de la situation économique des pays en voie de développement). En 2005, il lance la Fondation pour la sauvegarde et le développement du domaine de Chantilly.

De manière complètement autarcique, il existe de petits groupes nizârites qui combattent les talibans et les forces américaines au Moyen-Orient.

DANS MES ROMANS

Les Ismaéliens sont au coeur des aventures du Cycle des Croisades. Présents en sous-main ou en premier plan, ils sont pour beaucoup dans ce qui arrive aux héros.

  • Tome I : C’est Abu Tahir, surnommé l’Orfèvre, qui contrôle le malik d’Alep, Ridwan. Oeuvrant dans l’ombre, il cherche à retrouver des informations perdues quelques années plus tôt afin de les transmettre au Vieux de la Montagne.
  • Tome III : Cette fois, c’est Mohamed II, le chef de la secte lui-même, qui intervient car il détient un livre et cherche la Clé du Paradis. Il espère s’emparer d’une grande richesse.
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